Insomnie matinale !

Le 1er novembre 2017, jour de la Toussaint, je n’avais pas prévu d’activité. Une insomnie matinale et une météo fraîche mais ensoleillée annoncée m’ont tiré du lit pour discrètement préparer mon matériel de chasseur à l’arc et prendre la direction de la forêt.

Je commence à bien connaître le biotope de ce village des Yvelines où je fais ma deuxième saison de chasse au fusil et à l’arc ; et alors que mes chances de succès à l’affut sont compromises dès le début par la fuite d’un renard à 25 mètres de moi qui fait lui-même partir un groupe de chevreuils qui étaient dans le secteur, je me dis que ça s’annonce compliqué.

Je décide donc de traverser le bois discrètement, et d’arbre en arbre écouter si je perçois des bruits indiquant la présence d’animaux.

Arrivé à un endroit que j’apprécie car assez couvert mais avec de bonnes fenêtres de tir, et que je trouve être un carrefour à gibier je regardais amusé deux écureuils roux jouer dans les branches des grands chênes. Ces bruits de branches étaient les seuls perceptibles, mais en me retournant je constate que ce n’était plus les écureuils que j’entendais en fait mais un beau renard qui avançait droit vers moi.

Mon cœur se met à battre fort, signe d’une montée d’adrénaline typique alors que je demeurais figé contre mon arbre espérant ne pas être démasqué. Le problème est que je n’avais pas armé et qu’il était trop tard pour le faire. Le rouquin s’arrête à dix mètres en me fixant, il décide de faire demi-tour et me contourner, comme guidé par sa bonne intuition.

Je le regarde s’éloigner, puis revenir un peu au-dessus, et profite d’arbres entre lui et moi pour armer à l’avance. Il est arrêté à une vingtaine de mètres et s’apprête à reprendre son chemin quand je décoche plein d’espérances.. hélas vaines. Ma flèche le frôle et se plante dans un petit arbre juste derrière lui. Le bruit le fait sursauter puis prudemment il part. Superbe action et belle occasion, mais ratée pour quelques centimètres tout au plus. Quelle dommage, on n’a pas l’occasion de croiser maître goupil tous les matins. C’est le jeu, je n’avais qu’à être plus rusé et adroit.

Je continue donc ma promenade matinale avec l’espoir de faire d’autres rencontres. Puis dans un autre endroit du territoire proche de là où j’ai fait quelques affûts depuis deux étés, je lève deux chevreuils à une dizaine de mètres de moi. La chevrette qui avait senti une présence se sauve sans précipitation, suivie par un magnifique brocard bien coiffé. Le mâle n’a pas senti où était le danger mais il se déplace méfiant en direction de la gauche en regardant ce qui trouble la tranquillité de ce coin isolé. J’en ai profité pour armer mon compound pendant que des végétaux assez denses nous séparaient et il arrive en plein dans une fenêtre de tir parfaitement dégagée, prêt à bondir d’une seconde à l’autre si je fais le moindre mouvement ou s’il me sent.

Je décide de décocher alors qu’il est de plein profil à une douzaine de mètres et me fixe. La flèche l’atteint, plein coffre. Il fait un bond de surprise et part en courant quelques pas car il titube 8 mètres plus loin, s’affaisse et fait des mouvements de pattes caractéristique d’une mort imminente. Il ne s’est passé qu’une poignée de secondes, je n’en reviens pas.

J’attends par principe une dizaine de minutes avant de m’approcher, bien que ne l’ayant pas quitté des yeux. Ma flèche qui l’a traversé s’est plantée dans un piquet, elle est cassée, pleine de sang et la trilame neuve est irrécupérable, quelle efficacité cette arme ! J’approche timidement l’animal et je vois bien qu’il ne respire pas. Une flèche pourtant pas sur le cœur mais pour autant un prélèvement qui s’est fait de manière parfaite. Quelle chance !

Je le bague, lui rends les honneurs, prends quelques photos sur le vif, puis me décide à le porter jusqu’à la route. Un beau chevreuil de trente kilos ça contraint à faire des pauses quand même.

C’est mon deuxième brocard cette année et la joie est aussi intense qu’en février. Je fus accueilli comme une star par les enfants et le chien. Ma femme était très heureuse pour moi mais un peu plus sur la réserve, inquiète de la façon dont j’allais me débrouiller pour préparer cet animal.

Voici quelques photos de ce joli prince des bois portant cinq pointes, ce qui n’est pas courant, une ayant été probablement cassée à l’occasion d’un incident de parcours ou d’une rixe avec un congénaire.

Merci d’avoir lu ces quelques lignes et je souhaite à chaque chasseur à l’arc de vivre de telles émotions. A refaire 🙂

Julien Coquempot – Novembre 2017

 

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